Jésus nous engage à marcher avec Lui sur le chemin
caillouteux des tracas quotidiens. ...
Et pour cela Il nous met en main les clefs du vrai bonheur.
Car ce n'est pas à une vie étroite, amoindrie, minable
qu'Il nous appelle !
Non, tout au contraire, c'est à la vie la plus réaliste
qui soit,
celle qui,
de l'étoffe journalière de misères et de souffrances,
tisse l'habit de lumière des noces éternelles.
Jésus nous convie tous à la Joie du Royaume de Dieu,
à la fête du ciel.
Son message éclate comme un coup de trompette pour nous tirer
de la tristesse du temps présent.
Il éclaire d'ailleurs ce temps d'un tout autre Soleil que celui
de la terre,
et nous appelle à une Espérance plus solide
que celle de lendemains qui ne chanteraient que des joies éphémères
!
BIENHEUREUX !
Ce sont les premiers mots de sa carte.
Oui, bienheureux êtes-vous... et d'un bonheur possible,
à portée de la main,
non pas un bonheur imaginaire et inacessible aux pauvres gens que
nous sommes !
Car il s'agit pour Lui de monnayer sans argent le train-train journalier
de pauvreté,
de budget étriqué, de chômage,
de besoins, de faim et de soif, de froid peut-être,
d'arthrose, de vieillesse, de peines morales et de larmes,
de deuil et de solitude,
il s'agit de monnayer toute cette souffrance humaine contre la joie
et même contre la joie éternelle.
Jésus nous crie
ici la joie de Dieu de voir l'homme,
sa créature, poussière spirituelle, appelée au
bonheur éternel,
à travers le chemin fragile et périssable du temps.
a
- Bienheureux
les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux.
b
- Bienheureux les doux parce qu'ils possèderont
la terre
Bienheureux les pacifiques parce qu'ils seront appelés
fils de Dieu.
c
- Bienheureux ceux qui pleurent parce qu'ils seront consolés
d -
Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice, parce qu'ils
seront rassasiés. .
e
- Bienheureux les miséricordieux, parce qu'ils obtiendrons
miséricorde
f
- Bienheureux ceux qui ont le coeur pur, car ils verront Dieu
g
- Malheur à vous les riches, parce que vous avez reçu
votre consolation .
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a - Bienheureux
les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux.
La première des béatitudes nous indique la disposition
fondamentale requise
pour entrer de plein-pied dans le Royaume de Dieu.
Jésus ne béatifie ni le dénuement ni la pauvreté.
Il nous met seulement en garde contre des attitudes
qui se traduisent dans la vie courante par une fringale de biens matériels.
Non seulement il nous faut réussir, mais toujours mieux réussir
;
non seulement il nous faut gagner de l'argent, mais toujours en gagner
davantage.
Notre coeur, notre esprit, nos forces vives, tout est requis,
accaparé pour atteindre ce but.
Rien n'est terrible comme ce démon de l'avoir le jour où
nous en sommes possédés.
Et il nous guette tous.
Nous rions d'Arpagon.
Et pourtant chaque jour, entre frères et soeurs, à l'occasion
d'un décès,
nous nous déchirons comme des loups,
pour une mauvaise maison, un bout de champ ou un fauteui banal.
Jésus nous invite à libérer notre coeur,
à y faire place nette et nous promet,
à travers cette première béatitude,
le bonheur au présent, à l'encontre des autres béatitudes,
qui ne nous le promettent elles, que dans l'avenir.
Car,
pour ceux qui vivent de cette pauvreté de coeur,
Jésus devient le Royaume vivant et se trouve au centre de leur
vie présente.
Il devient leur Lumière et leur Chemin.
Aucun obstacle n'arrête plus l'ardeur de ses paroles qui comblent
"leur désir",
rendu disponible pour aimer Dieu et les hommes
de tout leur coeur, de tout leur esprit, et de toutes leurs forces.
C'est pourquoi être pauvre en esprit entraîne à
lutter contre tout manque,
chez les autres,
afin de parvenir à un partage vrai des biens de la terre.
Etre pauvre en esprit
cela nous entraîne aussi à désirer pour nous et
pour tous les hommes,
d'un désir insatiable, la richesse de Dieu.
Marie est le modèle parfait de cette pauvreté.
Cette femme fut si vide d'elle-même, si passionnée de
Dieu,
qu'elle l'attire en son sein,
et renouvelle l'Alliance d'Abraham,
alors que les riches s'en vont, les mains vides.
Avec elle,
les vrais pauvres de coeur exultent et dansent de joie.
Car leur bonheur n'est pas une insulte pour ceux qui ont faim, froid
ou soif,
mais une invitation à un partage fraternel.
b -
Bienheureux les doux parce qu'ils possèderont la terre.
Bienheureux les pacifiques
parce qu'ils seront appelés fils de Dieu.
Sagesse nouvelle qui s'oppose à la sagesse humaine.
N'est-ce pas l'orgueil, la violence, les "forces de l'ordre"
qui maintiennent les Royaumes des Puissants et des "Grands"
?
Et n'est-ce pas l'autorité indiscutable de tant de maris et
de parents qui tyrannise femmes et enfants?...
Jésus s'inscrit en faux contre ces maximes et nous affirme
tranquillement le contraire.
Avec la rage de posséder existe bien chez l'homme un terrible
désir de puissance.
La racine de ce désir, l'agressivité, est une force,
une pulsion nécessaire à notre survie comme le désir
de posséder un territoire et de le défendre.
C'est une nécessité biologique.
Mais Jésus affirme que ces deux forces ne doivent pas devenir
envahissantes
et qu'il nous faut les maîtriser,
ici, par un esprit de détachement,
là, par un esprit filial envers Dieu
qui nous fait reconnaître en tout homme un frère, et
non un sujet de notre empire.
Car nous sommes tous les fils de Dieu
et le Père des miséricordes prend soin de rappeller
à son trop vertueux aîné
que le fils perdu est toujours son fils.
Il y a un mépris des autres qui aboutit à la haine,
au racisme, à la guerre.
Nous voyons cela, aussi bien dans nos communautés,
dans nos familles, dans nos quartiers qu'entre les peuples.
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c
- "Bienheureux ceux qui pleurent parce qu'ils seront
consolés"
Nous sommes
désemparés devant les grandes douleurs.
Les pleurs d'une veuve, ou ceux d'une mère nous laissent
muets.
La mort est un scandale irréparable ;
que dire dans de telles circonstances ?
Les paroles du Seigneur nous étonnent et nous irritent
:
"Bienheureux ceux qui pleurent parce qu'ils seront consolés".
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Ces paroles ressemblent-elles aux condoléances dérisoires
que l'on fuit avec horreur,
ou ne sont-elles que paradoxe ?
Et pourtant,
deux fois durant sa vie, les larmes d'une femme commandèrent
l'attitude de Jésus face à la mort.
Bouleversé devant la détresse de la veuve de Naïm,
Il lui dit : "Ne pleure pas", et Il lui rend son fils.
Troublé,
frémissant devant les lamentations de ses deux amies de Béthanie,
Marthe et Marie,
Il ressuscite Lazare, non sans dire à Marthe :
"Je suis la Résurrection
et la Vie : Celui qui croit en moi, fut-il mort, vivra ;
et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais"
(Jn 11, 25).
En fait, la formule impersonnelle de la béatitude employée
par Jésus :
"Ils seront consolés",
cache sa propre tendresse, la tendresse même de Dieu.
Seul Dieu peut oser donner une réponse à nos larmes
devant la mort, et Il la donne.
Car, comme Jésus vient de le dire aux deux soeurs de Lazare,
c'est dans la seule perspective du Royaume qu'il n'y a plus de mort.
Jésus dit aux Sadducéens :
"Que les morts ressuscitent,
Moïse l'a fait aussi entendre à l'endroit du Buisson,
quand il dit :
le Seigneur, Dieu d'Abraham, et Dieu d'Isaac, et Dieu de Jacob,
or il n'est pas Dieu de morts mais de vivants ; car, tous vivent pour
Lui "
(Lc 20, 37-38).
"Bienheureux ceux qui
pleurent parce qu'ils seront consolés". , par Dieu
lui-même.
Dieu de tendresse et de miséricorde,
car Dieu ne nous explique pas le pourquoi de notre condition mortelle,
de notre condition de créature fragile et éphémère
par des paroles, des bavardages.
Il calme notre détresse devant le néant de notre être
(et de ceux que nous chérissons),
en devenant par amour,
l'un de nous,
le Fils de l'homme, et en passant le premier par la mort.
Jésus, le Fils Bien-Aimé,est la Porte qui s'ouvre sur
la vraie Vie.
Ses paroles :
"Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux
que l'on aime",
prennent ici tout leur sens.
Elles nous invient à nous abandonner comme Lui,
à la Volonté du Père,
en sachant bien que comme pour Lui,
la mort est le Chemin de la Résurrection.
d
-"Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice, parce
qu'ils seront rassasiés".
C'est une clef merveilleuse que cette béatitude, elle ouvre
une porte secrète,
celle de la prière efficace.
J'imagine que sa forme primitive se trouve dans le texte de Matthieu.
Celui-ci a noté que la faim et la soif dont parle Jésus
était la faim et la soif de la
"Justice".
Ici, le mot Justice, omis par Luc, est pris au sens biblique.
Cela ne veut pas dire, en premier lieu,
un souci de justice distributive,
à chacun son dû, ce qui va de soi pour Jésus,
mais le souci de voir s'établir en tous les hommes la Volonté
de Dieu.
Cette "Justice" correspond exactement aux demandes de Jésus
dans le Pater :
"Que ton règne
vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel".
Cette faim et cette soif de la Justice, dans Matthieu,
ces pleurs dans Luc, ce sont les cris de nos prières,
lorsque nous sommes angoissés,
désorientés devant nos propres infidélités,
bien sûr, mais plus encore
devant la trahison complète de nos enfants (et petits-enfants)
ou amis,
à l'égard du règne de Dieu.
En effet,
ces pleurs, cette faim, cette soif de la Justice pour les nôtres,
tout cela monte comme un cri vers Dieu.
Et Jésus nous l'affirme :
"Vous serez rassasiés".
Dieu nous exaucera.
Mais Dieu n'est pas pressé.
Rappelez-vous l'ivraie... Le Maître recommande même de
ne pas l'arracher.
Et pourtant, à la fin du monde, il y aura du bon grain à
engranger.
Un jour, inéluctablement, votre prière portera les fruits
de votre chagrin et de votre patience.
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e
- Bienheureux les miséricordieux, parce qu'ils obtiendront
miséricorde .
Dieu de tendresse
et de miséricorde, c'est le beau titre donné
à Dieu dans les psaumes.
La miséricorde est empreinte d'amour, elle est tout
à l'opposé de la condescendance.
Elle voit le mal, sans naïveté, elle en souffre.
Et pourtant, elle ne juge pas pour condamner, mais pour rendre
au frère tombé sa dignité.
Le père de l'enfant prodigue est,
avant tout,
le Père Miséricordieux.
Il n'humilie pas son fils, ne le reçoit pas comme un
domestique,
mais organise la fête à son retour,
car il était perdu, et le voici retrouvé.
Puissions-nous
toujours nous inspirer de son attitude face à nos frères,
dans leur déroute morale et spirituelle.
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|
f
- Bienheureux ceux qui ont le coeur pur, car ils verront Dieu
Le mot " pur" signifie
: sans mélange, comme un lingot de métal purifié
par le feu.
J'ai dans les yeux la gravure de mon livre de chimie, des années
trente,
où la grande Cornue Bessemer bascule, dans une gerbe éblouissante,
son torrent d'acier.
Jésus nous invite à être sans mélange,
et sans partage pour Dieu.
Lutte incessante où les violents l'emportent,
et cela aussi bien pour nous débarasser de la gangue des biens
matériels
qui nous collent aux mains,
que de nous libérer de ce besoin impérieux de domination
envers nos frères.
Etre pur...un cristal décanté des boues du désir
:
désir insatiable de la richesse, de la sensualité, du
pouvoir.
Etre pur...un cristal qui ne capte plus que la seule lumière
de Dieu.
" Bienheureux ceux qui
ont le coeur pur, car ils verront Dieu "
"Bienheureux ceux qui
sont persécutés pour la justice,
parce que le Royaume des Cieux est à eux"
C'est l'immense cortège de tous ceux qui, à travers
les siècles, ont rendu témoignage au Christ.
Ils ont tout simplement osé dire les paroles qui dérangent,
celles que Luc nous rapportent :
"Malheur à vous qui êtes repus maintenant, parce
que vous aurez faim"
"Malheur à vous qui riez maintenant, parce que vous serez
dans le deuil et les larmes"
"Malheur à vous lorsque tous les hommes diront du bien
de vous,
car c'est ainsi que leur pères traitaient les faux prophètes"
Ce sont ces paroles qui
ont valu la persécution, la prison et la mort
à tant et tant d'amis du Seigneur,
depuis Etienne, jusqu'au Père Doudko,
en passant par les paysans d'Amérique du Sud.
Les riches enragent d'entendre
dire que :
leur or n'est que dérisoire pousssière,
les repus que la faim spirituelle les guette,
les rieurs que leurs bouffoneries masquent mal le tragique désespoir
de l'homme devant son destin...s'il n'y a d'autre fin que la mort.
"Réjouissez-vous
et soyez dans l'allegresse,
parce que votre récompense sera grande dans les cieux.
car, c'est ainsi qu'on a persécuté les prophètes
qui étaient avant nous"
(Mt5, 13)
g
- Malheur à vous les riches, parce que vous avez reçu
votre consolation .
Pour Jésus,
les biens de la terre, désirés avec tant d'âpreté,
ne nous apportent que le malheur.
Ces biens nous sont nécessaires,
mais justement,
le bonheur réside dans leur partage fraternel et non dans leur
accaparement.
On comprend alors l'imprécation de Jésus vis-à-vis
d'une richesse qui fait saigner tant de pauvres :
"Malheur à vous
les riches, parce que vous avez reçu votre consolation"
(Lc 6,24).
La pauvreté "en esprit" est celle qui travaille
à établir des relations fraternelles entre tous les
hommes.
Fraternité impossible si en premier les biens de la planète
ne sont pas partagés équitablement.
C'est au présent que "les pauvres en esprit" établissent
le Royaume des Cieux car,
dans notre monde,
les grandes barrières entre les hommes sont :
biens fonciers, salaires et revenus répartis selon des critères
traditionnels iniques.
Critères iniques
car ils ne favorisent que certains individus ou certaines classes
de la population
et privent le plus grand nombre d'hommes de moyens d'existence.
Il ne s'agit nullement ici d'une lutte des classes,
mais d'une conversion intérieure qui nous permet de prendre
conscience
que Dieu est le Père de tous les hommes
et que la Terre, avec ses biens,
nous a été donnée afin de permettre à
tous de vivre normalement.
"Le pauvre en esprit" s'efforce donc par son attitude
d'opérer toujours et partout ce partage fraternel.
N'est-ce pas la grande Espérance des hommes ?...
consacrer
sa journée à Jésus par Marie.